Liberté Expressionniste

Un regard ludique sur l’expression libre, où les certitudes se libèrent, ouvrant un chemin où la parole se dénude

Emancipation de l’être

Mes certitudes ne sont plus les gardiennes incontestées de ma parole. Elles se sont émancipées, étrangères désormais, n’exigeant plus que je me tienne à elles pour m’exprimer.

Je rends hommage à mes maîtres d’apprentissage, guides dans l’ombre, sans qui ma parole ne serait pas aussi féconde. Cependant, il arrive un temps où le maître doit être réduit à sa condition d’homme, ayant lui aussi conquis sa place en solitaire, au sein d’une communauté de penseurs.

Comprendre que coucher des mots, c’est sculpter la matière avec la plume. Longtemps, j’ai eu peur de me coller à l’exercice, doutant que mes paroles puissent plaire ou craignant qu’elles m’attirent quelques inimitiés.

Il faut se libérer non seulement du maître, mais aussi du regard de l’autre pour prendre la parole. C’est un acte qui, sans nier le stress qu’il engendre, révèle la solitude inhérente à cette démarche. Rien ni personne ne reproduira nos paroles exactement comme nous les entendons nous-mêmes.

Un subterfuge subtil se glisse dans l’écriture. On croit se livrer entièrement au monde, mais en réalité, on s’éclipse derrière une façade, laissant à l’autre le soin d’interpréter nos mots, sans percevoir que tout est là, sur la page, n’attendant que d’être découvert.

On court alors parfois à côté de soi-même, cherchant à se justifier sans cesse, créant un chaos d’histoires confuses qui égarent même les lecteurs les plus attentifs.

Quitte à être incomprise, je préfère l’être tout en restant fidèle à ce qui vibre en moi, et sonder le monde de temps à autre pour voir s’il écoute encore ou s’il a définitivement sombré dans l’apathie.

La plume de qui se sent libre est cependant un phénomène étrange. Il faut se méfier de soi-même et de ses envolées, veillant à ne pas sombrer dans l’absurdité puisque tout est possible, ou bien l’obscurité qui ne fait pas avancer le schmilblick.

J’observe que si la mienne a une tendance à l’élaboration taquine, ce n’est pas pour se moquer du monde, mais bien pour se moquer d’elle-même.

Car il faut bien quelques agitateurs un peu dérangés du bulbe pour créer un monde qui ne se contemple pas trop le nombril.

Toujours est-il, certains stylos pourraient bien nous causer une indigestion à force de ruminer des idées brillantes qui, malmenées, se transforment en volutes noires sur la page.

Moi-même je ne suis pas royaliste, sans doute pas républicaine ; peut-être anarchiste au fond. J’aime les hommes libres, ceux qui aiment autrui et n’ont pas peur de le dire, même si cela entre en conflit avec notre esprit contestataire.

Plutôt que de tout faire exploser, je me vois plutôt marchande de roses, épines incluses. Histoire que chacun puisse retenir la leçon qui lui est due, sans qu’un moraliste se sente obligé d’intervenir pour imposer ses vues.

Nous nous éloignons du point de départ, la digression était tentante. J’aime voir où me mènent ces billets lancés au hasard, sans objectif politique ni vocation de réforme sociale.

Juste une expression ludique, peut-être un sourire, un peu de dérision, et quelques rencontres fortuites dans le grand jeu du hasard.

Je vous apprécie tous tels que vous êtes.

À bientôt,

Léa