Liberté Expressionniste

Une courte réflexion sur le fondé de la prise de parole, et la nature de nos expressions « libres »

S’exprimer: Exprimer le soi.

Ne pas jeter des mots inutiles en l’air, concentrer le pouvoir de création dans la plume, la note de musique, la parole juste.

Mais qu’est ce que « la parole juste » ?

A mon sens, elle est celle qui permet de mieux se comprendre soi-même et donne à l’autre, sans chercher à le convaincre, une opportunité de voir le monde sous une perspective unique : la sienne.

La juste parole est libre – elle ne revendique pas d’appartenance particulière. Elle est accessible sans être simpliste à outrance, compréhensible par tous tout en élevant le niveau du débat à un nouveau seuil fertile.

Elle émane d’un endroit en soi-même totalement novice au monde et donc innocent. Un endroit qui s’émerveille encore de la découverte constante de cette réalité physique, sans y apposer de labels réductionnistes ou un besoin de validation quelconque.

La parole juste est en chacun de nous, puisqu’elle est propre à qui nous sommes individuellement. Notre prisme unique, fait de nos mille facettes, qui nous révèle le monde comme nous seuls pouvons le voir.

Il ne peut y avoir de plagiat dans la parole juste, car elle est systématiquement le produit de l’instant. Elle émerge sans qu’on s’y attache, elle ne nous appartient pas plus qu’à un autre, pourtant c’est elle qui nous relie ensemble.

Il y a des pages entières de mots collés les uns aux autres qui forment bien des phrases, et qui pourtant ne disent rien de plus. Car ils reformulent sans cesse ce que d’autres, et d’autres encore avant eux, ont pu dire.

La parole juste ne cherche pas à plaire, car elle n’a pas de but précis. Elle est la preuve que nous existons en tant qu’entité individuelle, que nous sommes bien à notre place ici, que notre contribution est bien réelle. Je suis, donc j’exprime.

Pour se connecter à cet espace, nous devons aller au-delà de la parole volubile, celle qui se veut parfois un peu revêche ou prétentieuse. Celle qui affirme plus qu’elle n’invite à autre chose.

Dans l’écriture, par exemple, il y a toujours une rencontre avec soi-même. Et il s’agit alors soit de se convaincre, soit de donner corps à quelque chose de nouveau, de féconder la matière d’une manière nouvelle.

Il peut y avoir de la complaisance à se regarder sous le même jour sans faire varier l’éclairage de temps à autre. Et alors, on peut vite se trouver enfermé dans des pensées fixes qui nous coupent du monde plutôt qu’elles nous permettent d’y grandir.

Voci en quelques lignes ma contemplation sur la parole juste, sur l’acte de s’exprimer.

C’est une vision des choses, peut-être en aurez-vous une différente et je me réjouis de la découvrir à mon tour.

Au plaisir!

LB.